Prix SPIRALE EVA-LE-GRAND 2018 : dévoilement de la lauréate

Nous avons l'honneur et le très grand plaisir d'annoncer que la lauréate du Prix Spirale Eva-Le-Grand pour l’année 2018 est Gabrielle Giasson-Dulude pour son essai Les chants du mime. En compagnie d'Étienne Decroux (Le Noroît, 2017).
 
Membre du comité d'évaluation du Prix Spirale Eva-Le Grand, Kevin Lambert en présente les grandes lignes : 
L'essai de Gabrielle Giasson-Dulude s’est imposé comme le plus remarquable, le plus important et le plus beaux des textes que le comité avait à lire cette année. Nous en retenons la force fragile de l’écriture de l’auteure, son sens des nuances, du mot pesé et juste, de la pensée sensible et délicate, en plus du déploiement dans le livre de phrases qui tâtonnent, cherchent la bonne articulation, varient de direction et de vitesse comme si elles voulaient rester ouvertes et libres. 
Il y a quelque chose du geste dans l’écriture de Gabrielle Giasson-Dulude, un sens incarné de la mesure et du mouvement qui rappelle la pratique du mime d’Étienne Decroux et de ses étudiantes et étudiants, si magnifiquement décrite et analysée dans l’essai. Mais le spectacle a lieu dans un monde, il est joué par des femmes et des hommes qui questionnent ce monde, et la lecture politique que fait Gabrielle Giasson-Dulude de la pratique du mime est à couper le souffle. Se révèlent à la lectrice ou au lecteur l’archéologie des gestes qui se sédimentent dans le travail du corps, toute la résistance qu’il faut parfois pour se tenir debout.
Les chants du mime s’écrivent aussi à l’horizon du poème, auquel revient l’auteure afin de penser un langage qui n’écraseraient plus les « disciplines qui cherchent à balbutier, et requièrent ce droit de balbutier ». Car tel que nous le rappelle l’étymologie, penser c’est aussi peser, et la finesse de l’essai vise à laisser émerger un sens qui ne serait pas entravé par le poids des certitudes étanches et des aveuglantes clartés. « J’aime ces disciplines qui tendent à des paroles que l’on n’a pas encore dites, vers ces personnes que nous ne sommes pas encore devenues ». Cette phrase sublime, Gabrielle Giasson-Dulude la réserve au mime, mais tout son livre nous montre qu’elle fonde aussi sa pratique de l’essai.
 
Il est dans la tradition du magazine Spirale de remettre, en guise de prix, l’œuvre d’un artiste québécois que nous présenterons à la lauréate lors d’une cérémonie à laquelle tous sont conviés. Pour cette édition du Prix Spirale Eva-Le-Grand, une oeuvre de l'artiste Caroline Boileau a été remise à Gabrielle Giasson-Dulude lors de la cérémonie de remise qui a eu lieu mercredi dernier, à la Librairie du Square (1061 av. Bernard).
 
Rappelons enfin que ce prix est décerné chaque année depuis 1995 pour un essai ou un recueil d’essais portant sur les arts, les lettres ou les sciences humaines, ou toute question touchant la culture.
 
Nos plus chaleureuses félicitations à la lauréate et aux autres finalistes de cette année, Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque (Le peuple rieur : Hommage à mes amis innus, Lux Éditeur, 2017), Jacques Brault (Images à Mallarmé, Le Noroît, 2017) et Filippo Palumbo (Un thé avec le chapelier fou, Nota bene, 2018).