Jacques Rancière : le dissensus à l’œuvre. Repères biographiques et bibliographiques.

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Repères biographiques

1940
Naît à Alger le 10 juin.

1960
Entre à l’École normale supérieure (ENS), rue d’Ulm à Paris, dans les années où Louis Althusser y fait figure de maître de la philosophie marxiste.

1964
Au début du séminaire d’Althusser sur « Lire Le capital de Marx », fait une présentation d’« une précision et une rigueur extrêmes », dira Althusser dans son autobiographie : « sans lui rien n’eût été possible. Après Rancière tout était facile, la voie était ouverte et bien ouverte. » (L’avenir dure longtemps, Stock) Sa contribution fera l’objet d’un des chapitres du très connu Lire « Le capital » publié sous la direction d’Althusser en 1965 (Maspero).

1968 
Participe au vaste mouvement populaire de mai et juin. Rompt avec le Parti communiste français et le marxisme althussérien, qui agit alors, écrira-t-il quelques années plus tard, comme une « philosophie de l’ordre » et comme la« police des concepts » contre le mouvement de révolte.

1968 
Enseigne en esthétique au département de philosophie de la jeune université de Vincennes, qui deviendra l’université Paris-VIII (Saint-Denis).

1970-1980 
Prépare une thèse d’État, sous la direction de Jean-Toussaint Desanti, sur les archives ouvrières du début du XIXe siècle. Soutenance à l’automne 1980. Paraîtra l’année suivante sous le titre La nuit des prolétaires.

1975 
Avec Jean Borreil, Geneviève Fraisse, Michel Souletie, Pierre Saint-Germain, Patrick Vauday et Patrice Vermeren, fonde la revue Les révoltes logiques, les cahiers du centre de recherche sur les idéologies de la révolte, qu’il animera jusqu’en 1981.

1986-1992 
Directeur de programme au Collège international de philosophie.

Depuis 1998 
Collabore régulièrement aux Cahiers du cinéma.

2000           
Prend sa retraite de l’université. 

Traits distinctifs
N’a pas renié les luttes d’émancipation ni Mai 68. N’a jamais été anti-marxiste. Reste discret sur ses influences. Ne parle pas de lui.

Repères bibliographiques

1974
La leçon d’Althusser (Gallimard). Présentation des raisons de sa rupture avec la pensée althussérienne et analyse du discours marxiste et philosophique des années qui entourent la Révolution culturelle chinoise et surtout Mai 1968. Ces raisons forment le socle de sa pensée à venir de la politique et de l’émancipation.

1981
La nuit des prolétaires : archives du rêve ouvrier (Fayard).

1983
Le philosophe et ses pauvres (Fayard).

1987
Le maître ignorant : cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle (Fayard). Présentation élaborée de l’étonnante méthode pédagogique de Joseph Jacotot d’où se dégage une véritable philosophie de l’égalité des intelligences et de l’émancipation intellectuelle. Pan important de la pensée politique de Rancière : la raison vit d’égalité; toute émancipation est d’abord intellectuelle.

1990
Aux bords du politique (Osiris); réédité et augmenté en 1998 (La fabrique). Rassemble des textes — dont les « Dix thèses sur la politique » — nés de conférences sur la démocratie, la politique et la police, le dissensus et le consensus.

Courts voyages au pays du peuple (Seuil). Examen du rapport de quelques hommes de lettres (Wordsworth, Büchner, Michelet, Rilke) avec des gens du peuple. Analyse de Europe 51 de Rossellini. À l’utopie, posée comme lieu de « l’évidence sans phrase de la chose donnée en personne, de la coïncidence du mot et de la chose », Rancière oppose l’atopie et le geste de torsion accompli par un être que l’inconnu appelle et qui sort du lieu où il devait rester.

1992
Les noms de l’histoire : essai de poétique du savoir (Seuil). Analyse de l’historiographie moderne (Michelet, Cobban, Braudel, Furet) et de son rapport à la démocratie et à la Révolution. Pour proclamer son appartenance à la science et sa séparation d’avec la littérature, l’histoire reproduit les gestes inventés par la littérature du régime esthétique.

1995
La mésentente : politique et philosophie (Galilée). Jalon fort de la pensée ranciérienne de la politique qui prend le contre-pied des discours du retour de la philosophie politique et de la fin de la politique.

1996
Mallarmé : la politique de la sirène (Hachette).

1997
Arrêt sur histoire, avec la collaboration de Jean-Louis Comolli (Éditions du Centre Pompidou). Texte d’une vingtaine de pages sur les rapports entre cinéma et histoire.

1998
La parole muette : essai sur les contradictions de la littérature (Hachette).

La chair des mots : politiques de l’écriture (Galilée). Cette sorte de complément à La parole muette contient de minutieuses analyses d’œuvres littéraires (Wordsworth, Mandelstam, Balzac, Rimbaud, Proust) et de certains recours philosophiques à la littérature (Deleuze et Althusser).

2000
Le partage du sensible : esthétique et politique (La fabrique). Entretien augmenté constitué de réponses à cinq questions portant sur l’esthétique et ses rapports à la politique, la notion de modernité, le cinéma et l’histoire.

2001
L’inconscient esthétique (Galilée). Le régime esthétique des arts et de la littérature comme condition de possibilité de la lecture freudienne des œuvres littéraires et artistiques.

La fable cinématographique (Seuil). Réalisé à partir d’interventions et d’articles sur le cinéma (Epstein, Godard, Lang, Mann, Rossellini, Marker, Murnau, Ray, Deleuze) de 1992 à 2000, cet ouvrage s’intéresse à la tension particulière entre régime esthétique et représentatif au cinéma, entre présence pure et mimésis : l’histoire d’une « fable contrariée ».

2003
Le destin des images (La fabrique). Prolongement de la réflexion de Rancière sur le régime esthétique des arts, en l’occurrence sur l’image en tant que rapport entre visible, dicible et pensable, au cinéma, dans la peinture et dans la littérature. Discussion avec Barthes, Greenberg, Lyotard.

Les scènes du peuples : Les Révoltes logiques 1975-1985(Horlieu). Recueil des textes écrits, sauf exceptions, au cours des années des Révoltes logiques.

2004
Malaise dans l’esthétique (Galilée). Moment fort de la pensée ranciérienne sur les rapports entre esthétique et politique. Texte de clôture sur le double « tournant éthique » en esthétique et en politique, à l’heure de la guerre contre le terrorisme.

2005
L’espace des mots : de Mallarmé à Broodthaers (Musée des Beaux-Arts de Nantes).

La haine de la démocratie (La fabrique).

Chroniques des temps consensuels (Seuil).

2007
Politiques de la littérature (Galilée).