De Jordan Peele à Fabrice Vil : les nouvelles dénonciations du racisme de l’Amérique blanche à l’écran

02 juillet 2020

[RUBRIQUE DÉBAT/ACTUALITÉ]

 

Alors que défilent sous nos yeux les morts d’Amaud Arbery, de Breonna Taylor et de George Floyd, le cinéaste Jordan Peele devient plus pertinent que jamais : il nous montre ce que le mot « horreur » veut vraiment dire, à travers son acerbe dénonciation du racisme. Si le tout se déroule chez nos voisins du Sud, il n’en demeure pas moins que le Québec n’est pas exempt de certaines de ces « scènes d’horreur ». Pensons à toutes les victimes de la violence policière ici, Anas Bennis (tué en 2005), Claudio Castagnetta (tué en 2007), Ben Maston (tué en 2002), Jean-François Nadreau (tué en 2012), Quilem Registre (tué en 2007), Gladdys Tolley (tuée en 2001), Freddy Villanueva (tué en 2008), Jean-Pierre Bony (tué en 2016) et tant d'autres, tous morts aux mains de la police. Selon Statistique Canada, entre 2000 et 2017, plus de 400 Canadiens sont morts des suites de contacts ou d'altercations avec des policiers. Quand on prend en compte l’origine ethnique de l’ensemble de la population, deux groupes y sont surreprésentés : les Noirs et les Autochtones (Radio-Canada, 5 avril 2018).

« Social thriller » ou documentaire?

Un peu partout en Amérique du Nord, de plus en plus de penseurs, de militants et d’artistes s’inquiètent et s’interrogent sur la question du racisme. Au Québec, Fabrice Vil, juriste et militant antiraciste québécois aborde le sujet avec lucidité dans son documentaire Briser le code (2020)[i]. Comme le résume la journaliste Silvia Galipeau : « Vil dresse le portrait à la fois anecdotique, mais aussi systémique, de toutes ces "microagressions" que vivent les minorités au Québec. Et qui, mises bout à bout, constituent bel et bien du racisme. […] Qu’on veuille en parler, ou pas » (Silvia Galipeau, La Presse, janvier 2020). Car au Québec, impossible de parler de racisme sans évoquer les expériences problématiques de citoyens appartenant à diverses communautés culturelles, ainsi que les Premières Nations, les Métis et les Inuits.

Aux États-Unis, c’est de la fiction dont se sert Jordan Peele pour aborder le même sujet, travail qui lui a d’ailleurs valu d’être le premier réalisateur afro-américain à gagner, en 2017, l’Oscar du meilleur scénario avec Get Out[ii]. Peele a qualifié son film de « social thriller », mais aussi – était-ce à la blague ? – de documentaire… Le trait d’esprit peut paraître exagéré, mais l’est-il vraiment ?

La scène d’ouverture de Get Out ne saurait être plus actuelle : en référence avouée à l’affaire Trayvon Martin, qui déclencha, en 2013, le mouvement Black Lives Matter, Peele nous renvoie au drame subi par Martin, cet adolescent abattu sans raison dans la rue par un agent de sécurité. Le film de Peele s’ouvre donc sur l’agression d’un jeune homme noir, que l’on étrangle et jette dans le coffre d’une voiture blanche alors qu’il se promène dans une riche banlieue (aussi blanche que le véhicule).

« Who’s coming to dinner? »

Le ton est lancé : Get Out relate un épisode apparemment ordinaire qui tourne mal dans la vie de Chris Washington, un jeune photographe new-yorkais. Dans une version cauchemardesque de « Guess Who’s coming to dinner », célèbre film de 1967 dans lequel le personnage interprété par Sidney Poitier vit une situation identique, Chris est invité par sa petite amie, Rose Armitage, à rencontrer sa famille. Dès le départ, un malaise s’installe, puisque Rose a omis de préciser un détail à  ses parents : ils ne savent pas que Chris est noir. Mais celle-ci le rassure : son père est un libéral et il aurait voté pour Obama une troisième fois, si cela avait été possible…

Tandis que les jeunes gens se dirigent en voiture vers la cossue demeure de campagne des Armitage, un incident met en scène l’intervention d’un policier demandant ses papiers à Chris, alors que ce dernier ne conduisait pas. La réaction de Chris qui, sachant qu’il est présumé coupable d’avance, obtempère aux ordres du policier, révèle l’ampleur de la terreur que suscite la police. Contrairement à Rose, qui se rebiffe (elle en a le privilège), Chris se sent obligé de supporter docilement ce traitement injuste. Sans avoir recours à la violence ou au sang, Peele nous offre ainsi une première vraie scène d’horreur en montrant le réflexe d’un homme dont la peur a empoisonné le quotidien[iii].

Chris a bel et bien internalisé la situation du racisé lorsqu’il se retrouve devant le policier blanc, situation décrite dans le documentaire Briser le code. Fabrice Vil y nomme ce désir « d’invisibilité » du dominé et définit le code comme « l’ensemble des attitudes et des comportements que les personnes racisées et les personnes autochtones doivent adopter pour se fondre dans la majorité québécoise ». Pour une personne racisée, le code implique donc de ne pas déranger et de ne pas se plaindre lorsqu’on subit des microagressions, surtout quand elles proviennent d’un policier. Comme le souligne le sociologue Albert Memmi (bien chéri des nationalistes Québécois) dans le Portrait du Colonisé, « [p]uisque le colonisé est présumé voleur, il faut se garder effectivement contre lui ; suspect par définition, pourquoi ne serait-il pas coupable ? »

Après ce désagréable intermède et suite à son arrivée chez les Armitage, Chris sera pris au piège, victime de multiples microagressions déguisées sous forme de compliments déplacés, lors d’une fête où il est le seul invité noir (ou presque). Un peu plus tard, Chris découvrira enfin ce qui l’attend : un plan visant à l’hypnotiser puis à le dépouiller de son corps et d’une partie de son cerveau, au profit d’un acheteur blanc qui en deviendra le propriétaire.  Parmi tous les symboles de l’esclavagisme disséminés dans le film, le pire demeure sans doute la scène de la vente aux enchères visant à monnayer l’acquisition du corps de Chris par des acheteurs blancs. Présentée sous forme de jeu de bingo, elle s’opère dans un silence absolu. Cette scène digne des pires encans esclavagistes fait écho au mutisme qui règne au sein des nations soi-disant détentrices du progrès civilisationnel quand il s’agit de dénoncer les actes de racisme, tant individuels que systémiques, silence qui alimente ces injustices.

Ce mutisme s’avère sans aucun doute l’une des armes les plus efficaces du racisme systémique. Au Québec, la présence de l’esclavage au 18e et 19e siècles demeure tu jusqu’à aujourd’hui dans les programmes d’histoire du secondaire et du cégep. On a effacé Olivier Le Jeune, premier esclave noir au Canada, et Marie-Joseph Angélique, pendue et brûlée sur la place publique à Montréal en 1834. L’historien et rappeur Aly N’Diaye (alias Webster) a bien exposé cette amnésie dans sa chanson Qc  History X et dans le bel ouvrage illustré par Valmo, Le Grain de sable. Pour connaître l’histoire d’horreur de Marie-Joseph Angélique, il aura fallu attendre l’ouvrage d’Afua Cooper, The Hanging of Angelique : The Untold Story of Canadian Slavery and the Burning of Old Montreal, publié en 2006 par University of Georgia Press, et patienter encore jusqu’en 2010, pour que son adaptation soit diffusée en avant-première au Festival des films du monde de Montréal.

Quant aux microagressions que Peele représente si bien, c’est Fabrice Vil qui les nomme explicitement dans son documentaire à travers les paroles de femmes et d’hommes racisés qui évoquent « les éternelles questions, soulevées par la couleur de leur peau, l’intonation de leur voix, et la résonance de leur nom ». Comme le souligne Vil, « Une fois, ça va. Tous les jours, c’est “lourd”. Pire. C’est insultant. » (Propos rapporté par Silvia Galipeau, La Presse).

Sombrer dans l’invisible : du mutisme à l’horreur

C’est ainsi que la fine frontière entre la réalité et la fiction, entre le documentaire et le film d’horreur tend de plus en plus à s’effacer, grâce au travail de Fabrice Vil et de Jordan Peele. Dans Get Out, il n’y a pas de possession démoniaque, ni de monstre au sens littéral, et assez peu de sang versé. Pour une fois, le personnage noir n’est pas le premier à mourir, comme c’est le cas dans d’innombrables films du genre, et ce que l’on y voit enfin clairement est sans ambages : une possession reconfigurée en appropriation littérale du corps noir par des personnes blanches. Plus qu’une métaphore, il s’agit plutôt du résultat d’une transplantation partielle du cerveau, qui symbolise le phénomène historique de l’esclavage, où le corps noir est un bien qu’on achète et qu’on exploite.

Il n’y a pas que le corps que l’on veut objectifier, puisque le savoir noir doit être à tout prix extorqué à l’objet marchandisé : celui de Chris est ainsi convoité par Jim Hudson, son acheteur blanc, propriétaire d’une galerie d’art, dont la cécité symbolise le phénomène bien connu du «colorblindness» ou d’aveuglement à la couleur (phénomène largement reproduit dans la société, qu’il s’agisse de discrimination à l’embauche, de logement,  ou de profilage racial par les policiers, tant aux États-Unis qu’au Québec). Lors de leur dernier échange, Hudson dira à Chris : « I don’t give a shit what colour you are. I want your eye, man. I want those things you see through ». Au-dela de son corps, le marchand d’art dépossède aussi le photographe du regard qu’il pose sur le monde.

C’est avec finesse que Peele crée des personnages à la fois crédibles et hautement métaphoriques : l’aveuglement à la couleur et le gain qu’en retire Hudson n’est possible que par l’opération du patriarche et neurochirurgien, Dean Armitage. Hudson ne peut gagner ce qu’il convoite sans Armitage, et inversement, c’est grâce à cette convoitise qu’Armitage construit son profit, l’aveuglement symbolisant l’outil par excellence permettant au capitalisme de poursuivre son entreprise d’exploitation. Avec sa façade progressiste et son discours hypocrite, Dean Armitage incarne la figure du capitaliste qui persiste à faire du profit au dépens des communautés noires, grâce à la marchandisation des corps qu’il mutile.

Ce phénomène d’anéantissement du sujet noir dans la blancheur est spatialisé, dans Get out, à travers la représentation de la Sunken Place où Chris est englouti par hypnose, et où il devient le prisonnier impuissant de son propriétaire blanc, mais aussi le spectateur et le passager de sa propre existence : il risque désormais, littéralement, de devenir prisonnier du « White Gaze » dont parlait l’autrice Toni Morrison. Comme dans The Bluest Eye, dont le personnage perd la raison à force de vouloir avoir les yeux bleus, Chris pourrait être condamné à vivre comme un aliéné et un étranger dans son propre corps. Cet état de paralysie et d’invisibilité peut rappeler la condition de l’homme noir évoquée par des écrivains tels que Ralph Ellison (The Invisible Man) et James Baldwin (The Evidence of Things not Seen), ainsi que le lieu obscur où sombraient les esclaves, immobilisés au fond des bateaux des négriers, où l’unique lumière visible apparaissait par une petite lucarne à la surface du pont[iv]. Toute la portée idéologique de la création de la Sunken Place a d’ailleurs été révélée par Jordan Peele lui-même, dans un tweet datant de mars 2017 où le cinéaste affirmait que « la Sunken Place signifie que nous sommes marginalisés. Nous avons beau hurler de toutes nos forces, le système nous réduit au silence ».

Au Québec, la Sunken Place évoque la condition de l’homme noir, mais aussi celle des femmes autochtones, notamment lorsque Natasha Kanapé Fontaine insiste sur la sensation de faire du surplace dans l’obscurité (« Nous avançons sans atteindre l’aurore ») ou quand Maya Cousineau-Mollen décrit le sentiment d’être en exil dans sa propre chair, en soulignant le combat des femmes de sa nation qui se tuent à dire que leur « corps est un territoire non cédé ». Le drame du personnage racisé se cristallise en un paradoxe déchirant : ne voulant pas « briser le code », il aspire à l’invisibilité, ressentant la nécessité de développer des moyens de défense et de refoulement, de « renier une partie de ce que qu’il est pour faire partie du groupe » (Sonia Djelidi, Briser le code). Pourtant, il doit simultanément lutter pour ne pas se perdre dans une Sunken Place spécialement conçue pour lui.

Une histoire d’Horreur noire ordinaire

Faire un film sur l’horreur ordinaire d’être noir aux États-Unis était le but de Jordan Peele, qui a décrit le déni de l’Amérique blanche face aux violences raciales, lorsqu’elles sont dénoncées : « Nous nous interrogeons sur notre propre santé mentale, nous nous demandons si nous exagérons. On nous dit que nous ne voyons pas ce que nous voyons, que nous sommes paranoïaques. C’est un scénario parfait pour un récit d’horreur, et c’est ce que les minorités endurent au quotidien… ». De l’aveu même de Peele, cet aspect de l’intrigue de Get Out est inspiré par les films iconiques Rosemary’s Baby (1968) et The Stepford Wives (1975) qui présentent aussi deux personnages en situation de discrimination systémique (ici des femmes blanches), prises au piège d’un groupe malveillant qui veut prendre possession de leur corps pour son propre bénéfice, tout en leur faisant croire qu’elles sont paranoïaques lorsqu’elles évoquent le danger qui les menace. Notons que cette accusation de paranoïa que subissent régulièrement les personnes racisées est aussi abordée par Fabrice Vil quand il mentionne, dans Briser le code, qu’il s’est fait accuser d’être hypersensible quand il était question de discrimination raciale.

Pour sa part, s’il rend hommage à certains classiques du cinéma d’épouvante, le film de Peele opère surtout un tournant dans l’histoire du cinéma d’horreur en général et du cinéma d’horreur afro-américain en particulier, sujet abordé dans le documentaire Horreur Noire. Figurant dans ce documentaire, la professeure et autrice Tananarive Due souligne que la frontière entre la réalité et la fiction est plus floue qu’il n’y paraît : « Black history is black horror », dit-elle. Due reconnaît que les rôles joués par les personnages noirs ont longtemps été stéréotypés, mais que Get Out a changé la donne de manière radicale. Le film de Peele a même inspiré à la professeure de UCLA un cours de cinéma intitulé «The Sunken Place: Racism, Survival and Black Horror Aesthetic », offert aux étudiants depuis septembre 2017. 

En plus de produire l’un des incontournables cinématographiques de notre décennie, comme l’ont été Moonlight et Black Panther, Peele offre à tous, grâce à son film aussi fin que percutant, l’occasion d’une profonde réflexion critique sur la construction sociale de la « race », et ce dans un cadre accessible à un public élargi, ce qui n’est pas une mince affaire.

« Stay Woke »

En ces temps troublés par les violences perpétrées contre les communautés noires partout sur la planète, il faut voir ou revoir Get Out avec un regard nouveau, être attentif à sa trame sonore qui reprend « Redbone » de Childish Gambino, l’auteur de « This is America », une chanson marquante sur la violence policière et le racisme. Il faut aussi voir ou revoir Briser le code, faire résonner en soi la parole de ceux et celles qui peinent à se faire entendre, à faire comprendre leur perspective, et lire Noires sous surveillance de Robyn Maynard dans un Québec dit postracial et supposément colourblind où les violences raciales perdurent sans être reconnues.

Get Out permet de dénoncer la peur quotidienne des personnes noires aux États-Unis et ailleurs, tout en forçant le public blanc à prendre conscience des privilèges dont il profite depuis des générations[v]. En s’identifiant à Chris, le spectateur blanc ne peut que ressentir et vivre, peut-être pour la première fois de sa vie, ce que signifie le fait d’être racisé. En ce sens, Peele conjure ce que dénonce Vil quand il souligne qu’il est souvent « impossible » pour une personne non-racisée de « se projeter dans [sa] réalité » et d’éviter « d’invalider l’expérience » de l’autre.

Cet éveil nécessaire, qui fait écho au « stay woke » encourageant la prise de conscience politique et sociale, s’adresse à tous : de l’aveu même de Peele, la Sunken Place n’existe pas que pour les personnes noires… Chaque motif de discrimination pourrait donc créer une Sunken Place différente pour toutes les personnes qui vivent des discriminations systémiques en raison d’un ou plusieurs de ces motifs que sont la couleur de peau, les origines, le genre, la capacité physique, la santé mentale, l’orientation sexuelle ou les croyances religieuses… Comme nul autre cinéaste, Peele nous permet de nous glisser dans la peau de personnes privées de leur expression, subissant des microagressions quotidiennes dans un contexte de menace, de stigmatisation et de discrimination, où on ne les croit pas quand elles les dénoncent[vi], et qui n’est pas sans rappeler le mouvement #meetoo lancé par l’activiste afro-américaine Tarana Burk (et récupéré par des femmes blanches) qui a enfin mis la lumière sur une culture du viol incrustée depuis des siècles mais qui, comme Rose Armitage dans Get Out, tarde à nous quitter.

Dès lors, le film d’horreur agit comme un documentaire, comme une clé de lecture de l’actualité américaine ou québécoise, et un véhicule de dénonciation des injustices politiques et sociales en Amérique : à l’heure où les foules s’éveillent et s’embrasent dans la plupart des grandes villes cosmopolites, la Sunken Place représente ce lieu d’où émerge enfin une prise de parole et un bris du code plus que jamais nécessaire.


[i] Diplômé en droit, Fabrice Vil se consacre à l’intervention sociale auprès des jeunes, grâce à son organisme 3 points. Il est aussi chroniqueur au journal Le Devoir et à la télévision (Entrée principale, à Radio-Canada, et ALT, à Vrak.tv.

[ii] Jordan Peele est le scénariste et réalisateur de Get Out (2017), Us (2019) ainsi que de la nouvelle mouture de The Twilight Zone (2019) et le producteur de BlacKkKlansman (2018). Il produira le nouveau Candyman (2020) et réalisera la série Lovecraft Country (août 2020).

[iii] Bien que plusieurs aiment à croire à la fin des inégalités depuis l’octroi d’une citoyenneté nationale accessible par le biais du sol et non du sang, Chris sait très bien qu’il n’est pas un Américain comme les autres, tout comme les plusieurs femmes issues de l’immigration nées au Québec savent qu’elles ne sont pas des Québécoises comme les autres. (voir Ne sommes-nous pas Québécoises?, Rosa Pires, 2019).

[iv] D’ailleurs, ce n’est que par un flash de caméra que le sujet hypnotisé et mutilé peut se réveiller : alors que Logan crie à Chris « Get out ! », Walter, lui, tuera la blanche Rose et se suicide après. La lumière agit comme un activateur du souvenir de l’identité réelle du personnage et provoque un renversement de l’intrigue. Dès lors, on peut s’interroger sur la portée métaphorique de cette image : si tous les noirs qui avaient subi l’esclavage avaient reçu cette lumière, le monde serait-il devenu ce qu’il est? 

[v] Brooke Dianne-Mae Hugues, dans Our Sunken Place: ‘Post-racial’ America in Jordan Peele’s Get Out (2018).

[vi] Ceci n’est pas sans rappeler le mouvement #meetoo lancé par l’activiste afro-américaine Tarana Burk (et récupéré par des femmes blanches) qui a enfin mis la lumière sur une culture du viol incrustée depuis des siècles mais qui, comme Rose Armitage dans Get Out, tarde à nous quitter. Irons-nous jusqu’à vouloir emprunter la peau des racisées pour comprendre enfin que le Blanc constitue lui-même une construction sociale qui profite de privilèges?